Infatigable défenseur de l’écologie, observateur aérien de notre Terre, Yann Arthus-Bertrand réalise à présent un autre immense projet : Photographier celles et ceux qui font vivre la France. Tout a commencé en 1993. 30 ans plus tard, à l’occasion d’une rencontre avec Hervé Le Bras, démographe et historien français, Yann Arthus-Bertrand décide de terminer ce travail photographique et de l’enrichir d’une dimension démographique et pédagogique. « Les Français et ceux qui vivent en France » permet aux habitants de poser en compagnie de leurs proches, de leurs collègues ou encore de leurs animaux. A ce jour, dans une certaine joie, plus de 17 000 personnes ont été photographiées.

Entretien avec Yann Arthus-Bertrand, amoureux des visages, à Saint-Brieuc.

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Depuis l’année dernière, vous avez repris le projet de prendre en photo les Français. Revenir sur Terre c’est un plaisir ?

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J’aime avant tout le contact avec les gens.  J’aime profondément les humains. Les gens me donnent également beaucoup d’amour, ils m’en donnent souvent des preuves Je dis que je suis plus intéressé par la beauté des visages que par celle des paysages. J’adore photographier les sourires.

J’ai eu un très bon exemple ce matin. Nous avons réalisé une série de photos avec des habitués d’un bistrot de Saint-Brieuc. Il était clair qu’ils étaient heureux d’être ensemble. Nous vivons pourtant dans un monde où les tensions sont omniprésentes.

Je prends en photo une France sans cynisme, sans rancœur et sans violence. Que vous soyez en Corse ou en Bretagne, les gens restent les mêmes. Nous sommes heureux d’être ensemble.

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Êtes-vous surpris par ce que les Français vous donnent ?

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© Brieuc CUDENNEC

Non mais je suis surpris par l’essor de la violence depuis ces dernières années. La méfiance et la haine ont gagné les consciences. J’ai pu voir dimanche dernier un homme qui s’acharnait sur une affiche électorale de la candidate Renaissance, Valérie Hayer. Avec un crayon feutre, il écrivait « salope » et lui crevait les yeux. Je lui ai dit : « Vous vous rendez compte du mal que vous faites à vous-même ? ». Cet individu m’a rétorqué qu’avec Emmanuel Macron nous ne sommes plus que des esclaves. J’avais l’impression qu’il n’avait jamais voyagé et qu’il n’avait aucune idée de ce qu’était un vrai régime autoritaire.

Je ne supporte plus cette violence. Depuis le début du projet, nous avons photographié 17 000 personnes. Je n’ai vu que de l’amour et de la bienveillance.   

Ayant voyagé partout sur Terre, je me sens citoyen du monde. Je me rends compte qu’ici, malgré les difficultés, nous sommes assez privilégiés. L’écrivain Sylvain Tesson dit à juste titre que « la France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer ».

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Quelle sera la limite de ce projet ?

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Je ne sais pas dire stop (rires). Avec mon équipe, nous devions arrêter les sessions photos en septembre prochain. Je pense que le projet se terminera finalement en décembre. Un livre sortira cet automne et je souhaite réaliser une grande exposition de photos à Paris et dans le reste de la France. J’aimerais au total prendre en photo 20 000 personnes.

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® Studio Yann Arthus-Bertrand

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 Est-ce que toutes ces sessions photos c’est aussi pour vous faire plaisir ?

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J’adore ce que je fais. Je travaille beaucoup et sur des thèmes très divers. La bonne humeur des personnes me fait du bien. C’est un travail qui est rassembleur. Nous essayons de « faire France ».

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Pour ce projet, êtes-vous documentariste ou metteur en scène ?

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Françoise, avec qui je travaille depuis 30 ans, m’assiste et installe une légère mise en scène. Cela permet d’éviter la répétition et de mettre en valeur les identités, sinon, je fais confiance à mes modèles. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons photographié 17 000 personnes. Ce n’est jamais la même photo.

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® Studio Yann Arthus-Bertrand

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Y’a-t-il un moment qui vous a marqué ?

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J’ai le souvenir d’une famille avec un enfant autiste. Il avait peur des flashs. Pendant une heure, sa mère a voulu rassurer son fils. C’était un moment d’amour complet et infini. Je me suis mis à pleurer. Nous avons réussi à prendre une photo où l’enfant souriait. C’était formidable.

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Où voulez-vous aller à présent ?

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Je souhaite toujours m’améliorer et créer du dialogue entre les différentes opinions. Nous vivons dans un monde fissuré. Je refuse les crachats. A long terme, le dialogue sera bénéfique.

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® Studio Yann Arthus-Bertrand
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