Le surf est une activité rituelle ancestrale devenue un sport de compétition pour initiés, suite à une plus grande démocratisation après la Seconde Guerre mondiale, un loisir pratiqué à grande échelle. Phénomène mondial, il a généré sa propre philosophie, un mouvement musical, des longs-métrages, une industrie, des vêtements spécifiques et une importante littérature…

Avec leur livre « Surf« , Fred Bernard et Alain Bourdon (The Minimalist Wave) explorent ce milieu de la glisse par l’écrit, le dessin et le dessin.
Entretien avec l’auteur et dessinateur Fred Bernard.

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Comment est né le projet de « Surf » ?

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Tout est venu d’Alain. Des dessins, donc. Même si je dessine aussi. On se connait depuis 20 ans. On s’est d’abord rencontrés autour de la bande dessinée et de la moto ancienne.  C’était au festival d’Angoulême en 2004. C’est à la suite d’une grande discussion autour du surf qu’on a décidé de mettre notre passion commune sur le papier.

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Est-ce difficile d’écrire sur un sujet où le ressenti et la persévérance sont les moteurs ? (vous n’êtes pas surfeur)

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En vérité, le livre s’est fait très naturellement… Mais en effet, la grosse différence entre nous, c’est qu’Alain surfe, moi pas. J’ai pas mal essayé avec mon frère, dans les Landes, mais des problèmes physiques, divers accidents (dont je parle dans le livre) m’ont poussé à me contenter du bodysurf. J’ai lu beaucoup de livres sur le surf, j’observe également beaucoup les surfeurs, en France surtout, mais aussi en Afrique du sud et en Californie. J’ai fait beaucoup de gymnastique, de skate, de moto, j’ai longtemps recherché les sensations fortes avant de me faire très mal et de me calmer. Mais le surf réclame la plus grande des persévérances, c’est une évidence. On a désiré écrire un livre sur le surf qui ne ressemble pas aux autres, dessiner un parcours qui relie tout ce qui tourne autour du surf, un voyage graphique avec Alain évidemment. Ce pour quoi, cette activité, sans toute hors du commun, nous enchante tant.

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L’univers des surfeurs est-il trop fermé voire à part (et par conséquent fascinant) selon vous ?

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Je ne sais pas si le milieu est si fermé que cela. Tout dépend des régions. Alain le connait mieux que moi, il a surfé dans différents endroits en France mais aussi en Australie. En tout cas le côté fermé aurait tendance à me repousser plutôt que de m’attirer…

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Qui a inspiré l’autre ? Le dessin ou le texte ?

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Tout est parti des dessins d’Alain, mais nous avons fonctionné en ping-pong de bout en bout…

Alain m’a amené aux tatouages et aux vans par envie de dessin… De mon côté, je l’ai tiré vers l’histoire et la géographie du surf. On a d’ailleurs eu un énorme sentiment de vide quand on a arrêté, nous n’aurions jamais voulu finir… La balade était tellement fun et agréable.

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L’exercice devait-il dès le début avoir une part non négligeable d’autobiographie ?

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Nous ne pouvions pas parler de surf sans parler de nous. D’abord parce que nous n’avons pas la même relation au surf, puisque la sienne est physique et la mienne est platonique. Ensuite, la pratique et l’observation du surf poussent toutes les deux énormément à l’introspection… À cause des longues attentes de la bonne vague que cette pratique impose. C’est sans doute pour cela que s’est développé différentes philosophies autour du surf, qu’on n’a pas du tout dans le ski ou le skateboard par exemple, où l’on se lance dans la pente dès qu’on le désire.

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En explorant au XVIIIème siècle, les Occidents découvrent la pratique du surf par les autochtones des îles du Pacifique. Ont-ils été fascinés ou au contraire indifférents selon vous ?

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On sait qu’ils ont été fascinés. D’abord parce que les Occidentaux ne se baignaient pas au XVIIIème siècle, ils se lavaient d’ailleurs le moins possible. La plupart des gens ne savaient pas nager, et avaient peur de l’eau, même les marins… A Hawaï, ils ont découvert des hommes, des femmes, jeunes ou âgés, des enfants qui faisaient du surf, et des bébés que les mamans baignaient dans les vagues.

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En quoi le surf est-il devenu incontournable que ce soit dans la pratique sportive, que dans la mode vestimentaire voire l’état d’esprit ?

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La meilleure réponse est une question : quelle autre activité physique et sportive a généré autant de créations artistiques (et commerciales) : musique, mode, design, cinéma, illustration, littérature et même architecture ? Aucune.  Le surf efface toutes les cases, il abolit toutes les frontières ! Et cela depuis le début de sa toute jeune démocratisation, il y a plus de 70 ans.

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Le surf est-il devenu à un moment trop tendance ?

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L’engouement pour la pratique du surf semble exponentiel et le nombre ne ravit pas les surfeurs de longue date, c’est certain.  Il réunit autant qu’il divise. La pratique est sans doute de moins en moins liée à des modes de vie spécifiques, mais cela reste une belle école de la nature, de la contemplation des éléments, de la patience surtout… On surfe partout ou presque, hommes, femmes, jeunes, vieux, enfants, et ça c’est cool ! Ça renoue un peu avec les origines, mais sans la face rituelle, cultuelle et religieuse des premiers surfeurs hawaïens, et avec beaucoup, beaucoup plus de saloperies polluantes dans l’eau…

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Le cinéma est-il le plus bel hommage au surf ? Ou est-ce finalement la musique ?

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Les deux, mon capitaine ! J’adore la Surf Music ! En images, la première séquence incontournable (en fiction du moins est issue du film « Apocalypse Now » (1979) (le monde entier la connait !) la dernière en date, pour moi, est apparue dans la série fantastique Stranger Things… Une chose m’interpelle depuis mon adolescence : les documentaires sur le surf sont souvent saupoudrés, voire carrément vernis de musique saturant l’espace, même si elle est de qualité, alors que c’est un vacarme monstre qui accompagne toujours les grosses vagues… Et je trouve que le « chant » de la vague ou le rugissement de l’océan qui accompagnent les surfeurs ont autant d’importance que la vitesse, les formes, les couleurs ou les figures. C’est dommage de si souvent dissocier l’ensemble, mais c’est plus vendeur et séduisant, c’est vrai.

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