Dans le monde des dessinateurs, Willem est unique en son genre. Maître incontesté du dessin de presse, il n’a jamais posé son stylo depuis les années 60. Aussi à l’aise dans les pages d’Hara-Kiri, Charlie Hebdo, Libération, Siné Mensuel, Willem possède une force. Quand on lui pose la question s’il se sent plutôt Néerlandais ou plutôt Français – l’artiste répond qu’il est Européen. Provocateur et surtout blagueur, Willem a publié « Erections Présidentielles » chez BD Cul. Une belle occasion pour dresser le portrait des différents présidents de la Vème République. Entretien avec un soleil provocant.

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Avec le journal satirique God, Nederland & Oranje en 1966, vous choisissez la provocation. La sexualité est déjà un de vos sujets. Les autorités néerlandaises vous surveillent et vous contrôlent après notamment le dessin de la reine Juliana en prostituée. Dès le départ, pour vous, le dessin c’est de l’humour ou de la provocation ?

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Bien sûr. Même si au départ, je voulais dessiner des petites blagues pour me faire de l’argent de poche. Même pendant mon service militaire aux Pays-Bas, j’envoyais mes dessins aux journaux. Cependant, tous ont pratiquement été refusés.

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Pour quelles raisons vous quittez les Pays-Bas pour la France ?

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J’avais l’habitude de faire beaucoup d’auto-stops dans toute l’Europe. Au fil de mes voyages et en tant que dessinateur, je me suis mis à rencontrer plein de monde. En France, je connaissais des personnalités comme Siné ou Roland Topor. Je m’étais également lié d’amitié avec les types des journaux satiriques Hara Kiri et L’Enragé.  Je montrais mes dessins mais ce n’était jamais bon pour eux (rires). Puis en 1968, j’ai cherché une chambre de bonne à Paris et j’ai finalement été engagé par L’Enragé.

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Avec Hara-Kiri, vous avez trouvé la pire des familles ?

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Je n’ai jamais connu de censure avec l’équipe. Au contraire, ce n’était jamais assez provocant (rires). J’ai toujours eu carte blanche.

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Le conservatisme et la censure étaient-ils les mêmes aux Pays-Bas que dans la France de De Gaulle ?

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A l’époque, les Néerlandais n’avaient pas l’habitude de voir des dessins provocants. En France, c’était finalement plus accepté.
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Vous avez également été rédacteur-en-chef de Charlie Mensuel. Cela vous a plu ?

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Ce fut une brève période mais j’avais la possibilité de donner la chance à des dessinateurs que j’aimais d’être publiés.

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En 1981, pour quelles raisons avez-vous décidé de travailler pour le journal Libération ?

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Charlie Hebdo se vendait de moins en moins. Le journal s’est donc arrêté de paraître. On m’a alors proposé une rubrique chez Libé. Le quotidien était à l’époque plus à gauche que les Socialistes.

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Face à vous, il y a eu le caricaturiste Jacques Faizant au Figaro ou encore Plantu plus tard au Monde. Malgré les différences politiques, étiez-vous respectueux du travail de l’autre ?

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Même si je n’avais pas de respect pour Jacques Faizant, il n’y avait aucune rivalité entre nous.

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Depuis 60 ans, vous avez dessiné la vie politique française. Quelle a été la période la plus difficile pour un dessinateur selon vous ?

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Au départ car c’est très difficile de se faire connaître et de vivre avec ses dessins. Notre époque est très compliquée car il est difficile de cerner vraiment les politiques d’aujourd’hui. Emmanuel Macron se déclare lui-même comme au-dessus des partis de gauche et de droite. L’actualité de ses dernières années est devenue peu à peu ennuyeuse. Soit c’était sur le Covid soit c’était sur Macron. J’ai alors décidé de prendre ma retraite de chez Libération. Je continue cependant chez Siné Mensuel.

Avec la guerre en Ukraine, les choses sont différentes et je lis beaucoup plus l’actualité.

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Et l’époque la plus savoureuse pour vous ?

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Mon temps chez Hara Kiri a été incroyable. Il y avait tellement de liberté. Cavanna était un soutien immense alors que le Professeur Choron nous poussait au crime (rires).

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De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron… Personne n’a été épargné par votre humour grinçant. La sexualité c’est pour vous une façon de ridiculiser le pouvoir ? de l’exposer ?

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Les éditions BD Cul m’ont demandé de sortir un livre sur le sujet. Ce fut un problème de caricaturer Hollande car je n’ai rien contre lui (rires).

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Comment avez-vous conçu la couverture ?

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J’aime l’idée de cette roue qui tourne. La couverture montre que malgré la différence des partis, malgré le clivage gauche-droite, ce sont des hommes qui se ressemblent et qui se soutiennent.

Heureusement que Marine Le Pen ne fait pas encore partie du groupe.

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Dessiner reste toujours aussi dangereux selon vous ?

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Dessiner est même devenu plus dangereux qu’écrire un texte car d’un simple coup d’œil, on le comprend tout de suite. Cependant, je n’ai jamais imaginé arrêter de dessiner. Même après l’attaque chez Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, où mes amis ont été tués. Je suis venu à Paris le jour même. Durant la nuit, des policiers ont frappé à ma porte. Ils me proposaient de me protéger. J’ai refusé.

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Vous avez pris votre retraite au journal Libération, la dessinatrice Coco vous a remplacé. Vous la lisez quotidiennement ?

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Elle fait du très bon boulot. Je n’ai pas besoin de lui prodiguer de conseils.

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Photos : © Brieuc CUDENNEC

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