Depuis 1983, les Wampas n’ont cessé d’être une exception dans le paysage de la musique française. Et oui! La tribu ne connaît ni les embrouilles internes ni les séparations si caractéristiques des groupes de rock. Comme face à un totem, ils sont restés fidèles à leur musique et à leur drôle de style.

Tantôt anonymes pour le grand public, tantôt propulsés par leurs chansons notamment le single « Manu Chao » (2003), les Wampas sont restés les mêmes : des artistes passionnés. Le chanteur et guitariste Didier Wampas en est le porte-parole. Alliant la musique, sa vie de famille (et son emploi d’électricien à la RATP jusqu’en 2012), il a toujours privilégié la passion et une certaine liberté de ton. 

Rencontre avec Didier Wampas, artiste intemporel.

 

 

 

Le punk c’est une passion qui est arrivée très jeune ?

 

 

 

N’ayant pas de grand frère, je n’ai pas eu la chance d’écouter Pink Floyd ou Led Zeppelin alors j’écoutais à la radio la variété française. Dès ma jeunesse, j’avais déjà une préférence pour le rock. Johnny Hallyday reprenait des chansons d’Elvis Presley ou d’Eddie Cochran et cela me plaisait. Ensuite en 1977, j’ai vu The Clash à la télévision et j’ai aimé tout de suite le punk.

 

 

© Youri Lenquette
© Youri Lenquette

 

 

Vos parents étaient communistes. Le punk c’était une façon d’être rebelle tout en restant de gauche ?

 

 

 

La musique n’a jamais été une rébellion pour moi. Jeune, je n’étais pas très bien dans ma peau et j’avais peu d’amis à l’école. Le punk me permettait en fait de m’amuser et d’être original. Le punk n’a jamais été à la mode et heureusement d’ailleurs.

 

 

 

Comment est venu le nom du groupe Les Wampas ?

 

 

 

Le batteur a eu l’idée en reprenant le nom d’une tribu que l’on retrouve dans des épisodes de la bande dessinée Rahan. Nous avons trouvé que cela sonnait bien. Nous voulions un nom qui faisait écho aux Ramones.

 

 

 

Vous écrivez, vous composez, vous jouez de la guitare, vous chantez,… Comment réalise-t-on l’ensemble ?

 

 

 

J’écoutais seul la musique dans ma banlieue puis j’ai rencontré mon futur batteur au lycée.

© Youri Lenquette
© Youri Lenquette

Avec d’autres, nous avons ensuite décidé de former un groupe. En général, le chanteur ne sait pas jouer d’instrument  mais doit écrire les paroles. J’écris souvent dans la pression car il faut à un moment donné sortir un album. Ce n’est que plus tard que j’ai joué de la guitare. Notre guitariste Marc Police s’étant suicidé en 1991, je l’ai remplacé.

Lorsque je compose les chansons avec mon groupe, nous commençons à chanter en fredonnant – sans paroles. Si cela ne tenait qu’à moi, je sortirais juste les albums sans paroles. Ecrire des chansons avec de bonnes paroles est pour moi un exercice difficile.

 

 

 

« Inventeurs du Rock n roll », « plus grand groupe du monde » – Les Wampas criaient-ils pour exister ? 

 

 

 

Faire un groupe a été la première chose importante que j’ai pu faire dans ma vie. C’était un véritable mode d’expression. Je donnais donc tout sur scène.

 

 

 

En vous écoutant parler, il faut noter que vous n’avez pas la même voix que lorsque vous chantez…

 

 

 

Oui c’est vrai. Nous répétions souvent dans des locaux pourris et ma voix devait être plus haute que les instruments. Donc je me suis à hurler.

 

 

© Youri Lenquette
© Youri Lenquette

 

 

Lors de vos tournées, vous croisez les Béruriers noirs, Ludwig Van 88, La Mano negra,… Il y avait une bonne énergie ensemble ?

 

 

 

A cette époque, il n’y avait rien à Paris. Nous avions plus ou moins le même âge et nous venions des mêmes banlieues. Il était logique que nous allions jouer ensemble. Beaucoup se sont séparés mais nous, les Wampas, on est restés ensemble. La musique c’est la seule chose que je sais faire.

 

 

 

Vous avez gardé votre travail à la RATP. Était-ce une façon de rester indépendant ?

 

 

Oui. Je ne voulais pas être dans le moule des maisons de disque. Je voulais vivre le rock de façon simple comme je l’avais toujours imaginé. Je voulais me préserver. D’une certaine manière, je me reposais au travail.

 

 

Quel est votre public ?

 

 

Les punks ne viennent pas nous voir. Dès la fin des années 80, ils nous ont tourné le dos. Nous avons un public très large. De 7 à 77 ans. J’ai toujours aimé surprendre. Nous sommes allés dans des festivals comme celui de la moule ou de la coquille Saint-Jacques et on mettait le feu. Nous n’avons jamais voulu nous adapter au public. C’est à lui de s’adapter à nous. Lorsqu’il fallait faire des concerts pour des enfants, nous mettions juste la musique moins forte.

 

 

 

En 2003, l’album « Never Trust a Guy Who  After Having Been a Punk, is Now Playing Electro » sort. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

 

 

Non mais c’est surtout le single « Manu Chao » qui a marché. Nous n’avons même pas été Disque d’or mais grâce à l’album, nous avons pu venir pour la première fois dans des festivals comme les Vieilles charrues ou les Eurockéennes de Belfort. Cela a changé pour le public mais je suis resté le même.

 

 

never

 

 

Comment est née la chanson « Rimini »?

 

 

Étant passionné de cyclisme, le suicide de Marco Pantani m’avait choqué. Lors de vacances, alors que je remontai en voiture l’Italie, je me suis arrêté à Rimini. J’ai trouvé l’endroit glauque. De plus, Pantani était venu seul en plein hiver. Il a tristement mis fin à ses jours dans sa chambre d’hôtel.

Dans mon prochain album, il y aura une chanson qui s’appelle « L’amour c’est comme le Tour d’Italie ».

 

 

La chanson « Chirac en prison » a été interdite d’antenne. La polémique a-t-elle été finalement beaucoup de bruits pour rien?

 

 

Oui. Avant que la chanson ne sorte, le journal Libération avait sorti un article. Nous devions la jouer en direct sur Canal +. Pendant les balances de l’après-midi, quelqu’un a prévenu que nous allions chanter que Chirac devait aller en prison. Après des hésitations, on nous a dit de jouer tout de même la chanson. Une interview était prévue mais cela a été annulé.

Nous avons également réalisé le clip avec Les Guignols de l’info. Heureusement que cela s’est fait discrètement. Il y avait encore de la liberté et pas de contrôle. Les responsables de Canal + découvraient alors les sketches uniquement en direct.

 

 

© Florence Virginie
© Florence Virginie

 

 

Vous êtes plutôt Rolling Stones ou Beatles ?

 

 

Les Beach Boys. Avec les Ramones c’est mon groupe préféré. Je préfère d’ailleurs ceux que les autres détestent: Mike Love pour les Beach Boys et Johnny pour les Ramones. J’aime les méchants.

 

 

Le film « Le Grand soir » (2012) de Benoît Delépine et Gustave Kervern ce fut une belle expérience ?

 

 

Oui. Nous avons joué devant de vrais punks. D’ailleurs, Benoît Poelvoorde est l’un des plus grands punks que j’ai pu rencontrer.

 

 

 

Vos albums sans les Wampas c’est ceux « de la maturité » ?

 

 

 

© Aurélia Blanc
© Aurélia Blanc

Non pas du tout. Je tournais en rond avec les Wampas mais pendant longtemps l’idée de faire un album solo ne me plaisait pas que plus cela mais la maison de production m’a proposé de faire des maquettes à Los Angeles et j’ai accepté. Travailler avec des types comme les Bikini Machine m’a fait beaucoup de bien.

J’ai également sorti 3 albums avec le groupe Sugar & Tiger. Je joue avec mon épouse et mes enfants. C’est arrivé tout à fait par hasard. Le 4ème album sort bientôt. Je joue seulement de la guitare. C’est mon fils qui est chanteur. C’est reposant.

 

 

 

Didier sera toujours Wampas ?

 

 

Bien entendu. Mon vrai nom c’est Chappeleine. Cela fait trop chanteur québécois.

 

 

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© Brieuc Cudennec
© Brieuc Cudennec

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Pour en savoir plus :

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Le compte Facebook de Didier Wampas : https://www.facebook.com/

Photo de couverture : © Brieuc Cudennec

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