Un collage, un coup de pinceau, une certaine fantaisie et l’univers de l’artiste Levalet apparaît sur nos murs. Une scène se déroule devant les yeux des passants. Surprise, amusement, intérêt – nous pouvons même dire que nous sommes fascinés par ce spectacle visuel.

Lorsque Levalet sort de son atelier c’est pour exposer ses œuvres dans la rue.

Son nouveau projet street art est plus qu’ambitieux : Ré-interpréter L’Odyssée d’Homère. Ulysse dans la rue… Rien que ça!

Par un petit froid dont le début d’année a le secret, nous sommes allés à la rencontre de Levalet devant un mur.

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Dans votre art, il y a une volonté de privilégier l’élégance et le trait précis (encre de Chine et taille réelle). Est-ce un aspect artistique qui manquait dans le street art ?

 

 

 

J’ai surtout une volonté illusionniste. J’ai commencé en faisant des collages qui interagissaient avec l’architecture. Il devait y avoir un doute au premier coup d’œil à savoir s’il s’agissait d’un vrai personnage ou d’un dessin. C’est plus une question de présence assimilable à la présence humaine que de réaliser du photo-réalisme.

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Y a-t-il des codes à comprendre ou au contraire la liberté d’interprétation est possible ?

 

 

 

Dans mon série Odyssée, les personnages sont identifiables et ont en effet un rôle à jouer. Mais dans mon langage graphique, il n’y a pas de codes. Lorsqu’il y a par exemple un couvre-chef, c’est plus pour authentifier un marqueur social. J’ai développé des signes paradigmatiques. Un casque de chantier va définir un ouvrier. Ce signe va parler à tout le monde et par conséquent l’œil va comprendre tout de suite la situation.

 

 

 

Pour vous la vie d’artiste est assez solitaire. Pourtant, chez l’artiste il y a une volonté de communiquer.

 

 

 

La solitude est dans le quotidien. 90% de mon temps d’artiste se déroule dans l’atelier. Je fais parfois des collaborations mais ce n’est pas pour moi une nécessité.

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Y a-t-il du surréalisme dans votre art?

 

 

 

Je ne me sens pas comme un artiste surréaliste. Toutes mes œuvres ne sont pas surréalistes. J’aime le détournement d’objets dans le but de communiquer.

 

 

 

Y a-t-il des lieux qui vous inspirent plus?

 

 

 

 

J’aime les vieux murs mais surtout pour leur aspect esthétique. Les grands murs blancs tout lisses ne m’inspirent pas.

Ce qui motive mon geste c’est surtout les détails architecturaux qui m’interpellent. Un détail sera le point de départ d’une histoire que je veux dire ou raconter.

Pour ma série Odyssée, j’ai juste besoin de grands murs. Je sillonne la ville à la recherche du bon mur. Je mets parfois plus d’une heure pour le trouver.

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Voulez-vous vous diriger davantage vers l’animation ?

 

 

 

J’en fais régulièrement depuis mes études que ce soit avec des œuvres de rue ou de galerie. C’est cependant uniquement des courtes boucles. J’aimerais un jour travailler sur un projet plus ambitieux comme un court-métrage. Je manque pour l’instant de patience (Rires).

 

 

 

Lorsque vous utilisez de vrais objets dans vos compositions, est-ce une volonté d’amener le spectateur encore plus dans l’illusion ?

 

 

 

Il y a à la fois une volonté ludique et illusionniste de mêler le faux et le réel. En travaillant dans la rue, je veux faire cohabiter le monde de l’art et le monde réel. Avec l’intégration d’objets du quotidien, je renforce encore cet aspect.

 

 

 

Vos personnages sont souvent dans l’action.

 

 

C’est une volonté de tisser une narration. La gestuelle est également importante dans la bande dessinée ou dans la peinture narrative. Je viens du théâtre et très vite le langage du corps a été une notion majeure pour moi pour faire passer des messages. Je décline plusieurs fois des personnages afin de raconter une histoire. Le projet Odyssée est justement le parangon de cet aspect de mon travail. Je n’utilise pas cette fois-ci seulement 3 ou 4 personnages mais 200-300.

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Pour quelles raisons L’Odyssée d’Homère vous a-t-elle inspiré ?

 

 

 

Je voulais justement pousser cet aspect narratif au maximum et de créer un projet sur le long terme. L’Odyssée est le grand récit initiatique qui permet d’aborder de nombreux thèmes. Mon personnage affronte beaucoup d’épreuves et de péripéties. J’aime l’objet livre et cela me plaît de m’en inspirer.

Je viens de terminer l’épisode 15. Je pense que je terminerai L’Odyssée dans un an environ.

 

 

 

Chaque collage est unique. Y a-t-il une émotion lorsque le travail s’achève ?

 

 

 

Oui clairement. La partie que je préfère est lorsque je colle mes dessins. Mon travail est alors concrétisé. Depuis le croquis de départ jusqu’à la réalisation des dessins, tout est laborieux. C’est une grande joie de coller l’œuvre finie prenant corps dans la rue et voir la réaction des passants.

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Avec des plateformes comme Instagram, le passant immortalise votre œuvre en la prenant en photo. Est-ce une joie de constater que le collage est toujours présent?

 

 

 

Oui. Avec les réseaux sociaux, on peut constater qu’un collage continue d’exister. Je ne reviens jamais sur les lieux et je n’ai pas l’ambition de réparer les œuvres. Elles disparaîtront un jour ou l’autre. Je préfère aller de l’avant.

 

 

 

La marinière est un vêtement souvent présent dans vos œuvres. Est-ce chargé de symboles?

 

 

 

Ce n’est pas forcément un vêtement que j’aime porter mais j’aime le dessiner. La ligne est très graphique. Il n’y a même pas besoin de dessiner de modelé. La marinière est présente dans L’Odyssée afin de montrer qu’Ulysse est un marin.

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Le zèbre avec ses rayures a-t-il le même sens ?

 

 

 

J’aime dessiner le zèbre car lui aussi est très graphique mais ce n’est pas un animal récurrent dans mon travail.

 

 

 

Était-ce évident d’être soi-même le personnage de vos collages?

 

 

 

Oui car même pendant mes études, avant le street art, je le faisais déjà. Cela ne m’intéresse pas de parler de moi-même mais cela rend l’exercice plus simple. Travaillant à partir de photos, j’ai besoin d’un modèle. Étant très disponible pour moi-même, je me choisis souvent comme modèle. Je sais exactement ce que je veux. Il faut une certaine patience pour me mettre en scène avec d’autres.

 

 

 

Quels sont vos projets?

 

 

 

L’exposition Concrete Jungle est prévue à la galerie Openspace dans le 11ème arrondissement de Paris à partir du 20 mars prochain. J’ai utilisé cette fois-ci le béton pour réaliser des bas-reliefs. Durant le second confinement, je me suis remis sérieusement à la peinture. J’ai donc également utilisé ce support pour cette exposition.

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Pour en savoir plus :

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Le site de Levalet : https://www.levalet.xyz/

Les comptes Instagram : https://www.instagram.com/levalet.art/ https://www.instagram.com/levalet.odyssee/

La page Facebook : https://www.facebook.com/levalet.art/

Levalet – Nobodies, 2017 – Livre

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