Le noir est toujours sujet de mystère et de fantasmes. En fixant cette obscurité, nous pouvons peu à peu distinguer le moindre trait qui s’en détache. Toute apparition devient alors objet de fascination.

Nina Van Kidow, street artiste, met en valeur ce noir en y ajoutant le blanc. Par son trait, les lignes et les courbes, ses girls captent subitement notre regard. Sur les murs de nos rues ou de nos foyers, l’art de Nina Van Kidow joue avec les références de la culture pop et des figures de femmes libres.

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Entretien avec une artiste qui dessine l’élégance du corps féminin.

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Quel est votre parcours ?

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Je dessine depuis l’âge de 16 ans. J’avais auparavant essayé la danse ou le théâtre mais avec le dessin ce fut le coup de foudre. J’ai commencé par dessiner du modèle vivant dans un atelier privé. Cebb fut un vrai choc car face à moi il y avait cette femme nue qui posait. Son corps avait tellement de choses à dire artistiquement parlant. J’avais trouvé mon mode d’expression. Puis, comme d’autres, j’ai également essayé beaucoup de matériaux, d’autres techniques  comme le modelage ou la peinture abstraite avec des couleurs vives. Il y a eu ensuite dans ma vie un moment de rupture. J’ai alors eu un réel blanc artistique. Ce que je faisais artistiquement ne fonctionnait plus. Je me suis formulé clairement que deux moteurs étaient à l’oeuvre dans la vie : Éros et Thanatos. J’ai clairement eu envie d’aller du côté d’Éros. J’ai donc réfléchi à ce que j’aimerais voir accrocher sur mes murs. Je me suis alors intéressée à nouveau au corps. J’avais moi-même été modèle donc je connaissais les notions de représentation et la mise en scène du corps. Son message est de plus universel. Tout le monde a un corps. Je voulais quelque chose de très minimaliste et graphique. Je me suis alors souvenu de ces couvertures de Play-Boy et de Lui avec ces femmes dénudées et inspirantes. Les magazines étaient depuis les années 50 les vrais promoteurs du corps et du désir. Et c’est là que j’ai voulu aller.

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Définirez-vous votre art comme blanc sur noir ou noir sur blanc? D’où vient ce noir?

 

 

 

Je l’ai voulu très profond et mat. Le noir est à la fois l’intime et l’abîme. Le blanc est la lumière et la pureté. J’ai voulu jouer sur ce contraste esthétiquement et symboliquement.

Mon travail est très filaire et donc graphique, à la limite de l’abstraction.

À partir du moment où vous réalisez un dessin ou une photo en noir et blanc, vous ne pouvez pas être vulgaire. À aucun moment, je ne veux être provocatrice mais au contraire je veux montrer l’élégance du corps féminin, le magnifier dans sa puissance évocatrice.

Pour cela, il faut une grande exigence. Dès le premier trait, je ne peux pas faire d’erreur. Malgré le peu d’aplat blanc, le trait est très visible.

 

 

 

Quels sont vos modèles ?

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Étant impersonnelles, ces femmes sont universelles. Elles n’ont pas de regard ce qui permet au spectateur de ne pas se sentir voyeur et d’avoir une certaine distance. Je trouve certaines modèles sur Instagram. Elles m’inspirent également. Je prends aussi des photos de moi-même.

 

C’est avant tout une pose qui va m’inspirer. Mes couvertures ne sont pas des copies mais des recréations. Je réinterprète les modèles. La femme de Playboy est à la fois sexy et naturelle. La femme de Lui est libre avec un certain chic à la française. Avec le magazine Risquée c’est une femme géante. À chaque titre de magazine, j’interprète une expression féminine.

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Ces femmes sont-elles aussi des fantasmes?

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Bien sûr. Les magazines ont progressivement remodelé nos fantasmes. Le corps féminin a toujours fasciné,kiki des grottes de Lascaux à de nos jours. Le fantasme est une notion intemporelle qui motive tous les imaginaires. Le corps féminin est également troublant, il est souvent idolâtré. Il est exploité de mille façons par les médias et la société. C’est aussi un enjeu de pouvoir et de contrôle, dans toutes les cultures. Je suis moi-même fascinée par le pouvoir de ce corps féminin. Beaucoup de femmes sont conscientes de leur atout corporel et en jouent de plus en plus ouvertement, sans complexes. Les femmes ont besoin de se sentir belles face au miroir ou avec un selfie. Je veux proposer autre chose que l’image sage ou l’image trash. Les femmes se réapproprient les codes de la séduction, pas seulement pour plaire aux autres, pour être visionnaires de leur féminité, de leur séduction, d’elles même.

C’est là qu’est la notion d’empowerment.

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Les icônes sont également représentées comme « Kill Bill » et Vampirella. Le cinéma et les bandes dessinées vous inspirent-ils?

 

 

 

Vampirella est notamment un personnage incroyable : belle, sensuelle, mystérieuse, extraterrestre. Toutes les icônes féminines sont pour moi une inspiration infinie.

 

 

 

L’homme est-il totalement absent de votre art?

 

 

 

Que ce soit en sculpture ou en dessin, le corps masculin n’est pas celui qui m’inspire. Le féminin a plus de courbes, plus de diversité de chevelure. Mais dans tous mes dessins, l’homme peut être présent par son regard. Tout comme les femmes elles-mêmes, il perçoit et peut admirer le corps féminin.

 

 

 

 

 

Vous collez également vos créations sur les murs des rues. Est-ce une provocation, une volonté d’imposer son art ou une fenêtre ouverte pour celui qui regarde?

 

 

 

 

C’est une invitation au désir. Le corps n’a pas à être caché. Il faut arrêter de le diaboliser. Même nues, les femmes ne sont pas forcément sexualisées. Elles sont magnifiées. Nous pouvons être fières d’être femmes. Il ne s’agit pas de provocation mais de la revendication. Je peux comprendre que certains spectateurs puissent être dérangés. En collant dans la rue, certains passants ont parfois des réactions assez vives. Je peux le comprendre. Je veux juste représenter des femmes qui maîtrisent à la fois leur corps et sa représentation.

Mes visuels ne sont jamais obscènes, il montre des corps avec liberté. J’aimerais changer le regard porté au corps féminin, qu’il soit plus simple et plus naturel. Mes visuels ne sont pas imposés. Ils sont juste là.  L’art doit interroger.

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Le corps doit-il s’exprimer beaucoup plus dans nos sociétés ?

 

 

 

La question est complexe car cela dépend du milieu auquel on appartient, de notre culture, de nos références. Il y aura toujours des notions de pudeur. Le corps n’est pas un objet neutre. Via internet, nous avons à présent accès à toutes les formes du corps et de ses mises en scène et en même temps une certaine pudibonderie revient.

Tout cela est assez hypocrite. On cache, alors que tout est accessible. Je trouve important de véhiculer une image libre et heureuse du corps féminin. Dans une réalité qui s’assume.

 

 

 

Quels sont vos projets?

 

 

 

Je vais développer de nouvelles séries et continuer de coller dans la rue. Dans les années 70-80, les couvertures de magazines étaient présentes dans l’espace public. De grands photographes et de grands directeurs artistiques se sont engagés dans de tels projets.  C’était de vrais espaces d’expression artistiques. Pour interpeller les passants sur la représentation du désir, du corps féminin, du fantasme, je colle ces re-créations dans les rues.

L’espace public a besoin de retrouver cet esprit de liberté. Je veux susciter des interrogations sur cette liberté.

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Pour en savoir plus :

La page Instagram de Nina Van Kidow : https://www.instagram.com/nina_van_kidow/?hl=fr

La page Facebook de Nina Van Kidow : https://www.facebook.com/Nina-Van-Kidow-110171027425502

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