Légumes dans un bol, corbeille de fruits, fleurs, poissons ou livres à moins que ce ne soit qu’un visâge… L’œuvre de Giuseppe Arcimboldo a été admirée par ses contemporains et reste encore aujourd’hui une source de fascination.

Le peintre milanais (1526-1593) est en effet connu pour ses peintures complexes, qui combinent des objets inanimés formant finalement un portrait. Arcimboldo répondait en fait au goût de son temps, la Renaissance.

Thomas D. Kaufmann, Professeur au Département d’Art et d’Archéologie de l’Université de Princeton, explore avec nous l’œuvre géniale d’Arcimboldo.

 

 

 

En quoi l’œuvre d’Arcimboldo reflète les nouvelles conceptions artistiques de son époque ?

 

 

 

L’art d’Arcimboldo était unique et ne reflétait aucunement d’autres conceptions et traditions artistiques de l’époque.

Son esprit visuel, l’utilisation du symbolisme allégorique, la structure picturale complexe et paradoxale, et la signification voilée sont à comparer à la doctrine de la vanité que l’on retrouve entre autres dans la littérature, dans la poésie métaphysique, euphuiste et gongoriste.

 

Le contenu naturaliste de ses images doit être lié aux intérêts historiques et naturels de l’époque et du lieu où il travaillait, et à sa propre participation à l’étude de la nature. Arcimboldo avait pour fonction de montrer à l’empereur les «merveilles rares de la nature».

 

Ces défis allégoriques et ses peintures représentent des formes d’imagerie impériale.

Les références classiques dans son travail sont à lier à l’humanisme de la Renaissance.

Léonard de Vinci s’est beaucoup inspiré de ces prouesses picturales.

 

 

 

 

Arcimboldo était portraitiste à la cour des Habsbourg. Sa proximité avec le pouvoir lui donnait-il plus de liberté artistique ?

 

 

 

 

Être artiste de cour permettait d’obtenir un salaire fixe et que vous pouviez vivre confortablement Arcimboldo recevait également certaines sommes d’argent pour des commandes. Il n’était pas non plus soumis à des restrictions de guilde à Prague (ou à Vienne) lorsqu’il y habitait, et pouvait donc travailler aussi pour un mécène. Il avait également la possibilité de vendre ses œuvres partout.

 

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Les artistes de la Renaissance étaient fascines par les énigmes, les puzzles ou le genre bizarre. Arcimboldo était-il un homme de son temps ou c’était l’opposé : son art n’était pas compris par ses contemporains ?

 

 

 

Le bizarre, comme défini à l’époque, était le genre imaginatif et Arcimboldo en était certainement un partisan.

Son art ne consiste pas tant en énigmes qu’en paradoxes, à bien des égards.

Beaucoup d’artistes de son temps ont délibérément fait de l’art qui plaisait (apparemment humoristique ou étrange dans le cas d’Arcimboldo), mais il y avait aussi un sens plus profond, et c’était certainement le cas avec Arcimboldo.

 

Ce sens n’a été que lentement repéré, car même ses contemporains à Milan ne le comprenaient pas toujours.

Je n’aime pas parler à la place mais Arcimboldo n’était clairement pas un artiste totalement compris.

 

 

 

 

Pouvez-vous expliquer le terme de “blagues visuelles” en ce qui concerne l’œuvre d’Arcimboldo ?

 

 

 

 

Une blague est ici un trait d’esprit. Les peintures d’Arcimboldo sont des paradoxes visuels, des blagues, en ce sens que vous ne pouvez pas voir une tête si vous vous concentrez sur les objets séparément alors que l’ensemble compose la tête. Et si vous vous concentrez sur8garden la tête, vous ne pouvez pas distinguer les différents objets. Certaines de ces peintures peuvent être renversées : elles sont une tête dans un sens dans l’autre. Tout en semblant drôles ou bizarres, beaucoup de ces toiles cachent une signification plus profonde. Malgré leur aspect comique apparent, elles ont un message sérieux. Cela fonctionne de la même manière qu’avec Erasme et Rabelais qui ont écrit des œuvres avec le même style. Arcimboldo était en lien avec les érasmiens en Italie et en Europe centrale.

 

 

 

 

 

Quelles sont les différentes et les similitudes entre la série de peintures “Quatre saisons” ?

 

 

Elles sont toutes des têtes composes. Elles contiennent toutes des fruits ou des fleurs.  L’été est signé et daté tout comme l’hiver. L’hiver contient des références impériales plus spécifiques, ainsi que des références à l’âge d’or. Deux des tableaux sont des hommes, deux sont des femmes; deux faces sont à gauche, deux sont à droite.

 

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Selon Arcimboldo, que la Nature dit des hommes et aux femmes ?

 

 

 

La nature est le macrocosme et les humains sont le microcosme. Ils sont parallèles et peuvent être liés les uns aux autres. L’histoire de la nature peut être reliée à l’histoire des États, des humains, à la manière de prédire la domination des Habsbourg, l’éternité, la règle harmonieuse et la grandeur.

 

Les peintures d’Arcimboldo sont à la fois des caprices de l’art et des caprices de la nature.

 

 

 

 

Comment expliquez que l’art d’Arcimboldo reste une source de fascination encore de nos jours ?

 

 

 

 

 

Picasso, Dali et les surréalistes l’ont redécouvert. Arcimboldo a inspiré les peintres et les autres artistes de l’art fantastique et du surréalisme.

Ses œuvres font appel à un sens du bizarre, à l’imaginatif et au spirituel et pourtant, ils peuvent aussi nous en dire beaucoup sur leur époque — tout comme leur contenu naturaliste est puissant.

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Pour en savoir plus :

« Visual jokes, Natural History, and Still-Life Painting » de Thomas D. Kaufmann http://press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/A/bo4126113.html

Vegetables in a Bowl, fruit basket, flowers, fish or books unless it’s a human face… Giuseppe Arcimboldo’s work was greatly admired by his contemporaries and remain a source of fascination today. The Milanese painter (1526-1593) is known for his intricate paintings, which combined inanimate or found objects into a portrait that would resemble the portrait subject. Arcimboldo catered to the taste of his times, the Renaissance.

Thomas D. Kaufmann currently works at the Department of Art and Archaeology, Princeton University and explores with us Arcimboldo’s amazing artwork

 

 

In what ways did Arcimboldo’s artwork reflect new conceptions during his time?

 

 

Arcimboldo’s art was his own, and did not reflect other conceptions so much as relate to both traditions and interests of the time.

His visual wit, use of allegorical symbolism, complicated and paradoxical pictorial structure, and veiled meaning are to be compared to the doctrine of the conceit in literature, to metaphysical and Euphuistic and Gongorist poetry, and the like.

The naturalistic content of his images is to be related to natural historical interests of the time and place where he was working, and to his own involvement in making nature studies and acting as an agent in procuring « rare wonders of nature » for the emperor.

His allegorical tournaments and paintings are forms of imperial imagery.

The classical references in his work may be related to Renaissance Humanism.

Leonardo lies behind a lot of his pictorial efforts.

 

 

 

Arcimboldo was a Habsburg court portraitist. Did that proximity to power give him more art freedom?

 

 

 

Being a court artist meant that you had a set salary and thus had a basis to live on. Arcimboldo also received special sums for pictures and tasks that he did.  He also was not subject to guild restrictions in Prague (or Vienna) when he lived there, and could thus work for a patron, or, had he wanted, sell his works elsewhere.

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The Renaissance artists were fascinated with riddles, puzzles, and the bizarre. Was Arcimboldo just a man of his time or it was the opposite his art had not been really understood yet?

 

 

 

The bizarre as defined it at the time was the imaginative and Arcimboldo was certainly that.

His art consists not so much of puzzles as of paradoxes, in many ways.

Many artists of his time deliberately made art that was easily appreciated on one level (seemingly humorous or strange in his case), but that held a deeper meaning, and that was certainly the case with Arcimboldo.

That meaning has only been slowly recuperated, as even his contemporaries in Milan did not always grasp what it was.

I do not like talking about being of one’s time or not, although Arcimboldo clearly was.

 

 

 

Can you explain the term ‘visual jokes’ about Arcimboldo’s work?

 

 

 

A joke is a play of wit. Arcimboldo’s paintings are visual paradoxes, jokes, in that y8gardenou cannot see a head if you focus on the individual objects that make up the individual heads, and if you focus on the heads you cannot see the individual objects.  Some of those pictures you can turn upside down: they are heads one way, and still lives another.  While seeming funny or bizarre, many of his paintings hide deeper meaning behind their seemingly joking exteriors, and are thus serious jokes, in the way that Erasmus and Rabelais spoke of and executed such works.  Arcimboldo was connected with Erasmians in Italy and in Central Europe.

 

 

What are the differences and similarities between the four seasons paintings?

 

 

They are all composite heads.  They all contain fruits or flowers of the seasons that pertain to them.  Summer is signed/instribed and dated as is winter.  Winter contains more specific imperial references, as well as references to the golden age.  Two are male, two female; two face left, two right.

 

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To Arcimboldo, what did Nature say to/about us, humans?

 

 

Nature is the macrocosm and humans are the microcosm. They parallel and can be related to each other, and the history of nature can be related to the history of states, humans, in the way of prophesying Habsburg dominion, eternity, harmonious rule, and greatness.

Arcimboldo’s paintings are caprices of art and caprices of nature at the same time

 

 

 

How do you explain Arcimboldo’s work remain a source of fascination today?

 

 

Picasso, Dali, and the surrealists rediscovered them.  They have been seized upon by painters and other artists who have been interested in fantastic art and surrealism.

They appeal to a sense of the bizarre, imaginative, and witty.  Yet they also can tell us a lot about their time—and their naturalistic content is compelling.

 

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Further readings :

 

« Visual jokes, Natural History, and Still-Life Painting » by Thomas D. Kaufmann http://press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/A/bo4126113.html

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