Qu’est-ce que le vaudou? Bien souvent dénigré en Occident qui ne le perçoit que comme de la magie noire, il reste pourtant une force du quotidien dans de nombreux pays comme le Togo, le Bénin ou encore au Brésil et en Haïti. 

Auteurs du livre « Vodun et Orisha, la voix des dieux », Catherine et Bernard Desjeux nous éclairent sur le culte vaudou bien loin des fantasmes.

 

 

Comment avez-vous rencontré le vaudou?

 

 

Nous avons rencontré le culte des voduns (chez les Fons) et orishas (chez les Yoroubas) au cours d’un long séjour d’un an et demi – en 1972-1973 – au Bénin, qui s’appelait encore Dahomey à l’époque. J’étais chargé du service audiovisuel du Centre culturel français en tant que VSNA (volontaire au service national actif). Catherine était professeur d’allemand. Nous étions invités dans les nombreuses cérémonies familiales et nous avons eu la chance, par ailleurs, de nous lier d’amitié  avec Pierre Verger, Guérin Montilus et Jérôme Fagla qui nous ont beaucoup appris. Nous avons été témoins de grandes cérémonies telles qu’elles existaient depuis de nombreuses décennies.

Les manifestations voduns ont changé depuis “Ouidah 1992” (qui s’est tenu en février 1993) le grand rassemblement des descendants de ce culte transplanté lors des départ en esclavage. À Ouidah, le vodun est progressivement passé du cultuel au culturel, avec parfois certaines caricatures touristiques.

Ce premier séjour  de 1772-1973 fut suivi de plusieurs autres sur près de 40 ans.

 

 

 

La crainte du vaudou en Occident peut-elle s’expliquer par une forte méconnaissance du culte vodun?

 

 

La crainte supposée du vaudou a été fabriquée par un Occident qui voyait dans les manifestations culturelles nègres un frein à sa domination et sa justification de l’esclavage.

Togo Fe 15 - 04©Desjeux, cŽrŽmonie ŽwŽ ˆ Nuatja, kaolin

 

La musique nègre, musique de sauvages, était opposé par exemple à la musique classique ordonné de Bach. Certains curés, comme le père Aupiais, se sont fortement intéressés au rapprochement des valeurs positives des différentes religions. Il n’y a pas de prosélitisme dans le vodun, il y a de la place pour tout le monde, c’est très confortable.

Toute religion est ambivalente. Les pratiques secrètes des prêtres voduns (les vodunons) peuvent être aussi violentes que la menace d’un enfer éternel dans le feu des chrétiens. On ne rigole pas avec le vodun.

 

 

En quoi peut-on dire que le culte vodun est en harmonie avec la faune (malgré les rituels sacrificiels) et la flore?

 

 

Le culte vodun est une manifestation particulière de l’animisme où les choses et les êtres sont doués d’une âme. L’homme n’est pas le centre du monde mais seulement un de ses éléments. Dans le vodun, il s’intègre dans la nature. Pour autant la nature n’est pas un théâtre de paix bien au contraire : les plus gros mangent les plus petits, les éléments comme la foudre, les maladies comme la variole sont violentes. Il faut donc se les concilier par des intercesseurs que sont les voduns. Le sacrifice rituel est commun à beaucoup de religion – “Ceci est mon corps ceci est mon sang , mangez en tous, buvez en tous…” –, voir le sacrifice d’Abraham qui sacrifia un mouton à la place de son fils au dernier moment. Cela fait un peu froid dans le dos, bien plus que quelques poules ou cabris que l’on mangera ensuite joyeusement.

 

 

Peut-on dire qu’il y a une vision positive de la mort dans le culte vodun en tout cas moins terrifiante que dans d’autres religions?

 

 

Je pense qu’on peut le dire car les ancêtres continuent par ces cérémonies à faire partie de la société des vivants. Il y a aussi la promesse de réincarnation qui maintient le fil tenu de la vie. Un de nos amis était la réincarnation de sa grand-mère. Chez nous aussi, sans parler de réincarnation, on cherche les traits communs : “C’est le portrait de son père”… En terme de peur, il faut signaler qu’il n’y a pas de notion de bien ou de mal, et qu’il n’y a pas de péché originel qui vous “plombe” dès la naissance.

Mon père m’a beaucoup appris de la nature et je pense souvent à lui, continuant presque nos conversations au bord de la rivière. Il m’arrive de rêver et de passer de bons moments avec des êtres chers sans me poser de problèmes. Chacun appelle ça comme il veut.

 

BŽnin Re©Desjeux, ouidah le culte des jumeaux vaudou

 

 

Le vaudou doit-il, selon vous, garder une part de mystère dans son déroulement et son lien avec les divinités?

 

 

Le vaudou est mystère. Le fait religieux est une gestion de l’irrationnel qui permet de vivre en société. “Aimez-vous les uns les autres”. Dans un monde jugé absurde, il apporte des réponses tout aussi délirantes mais qui peuvent rassurer. “qu’il est grand le mystère de la foi”…

 

 

 En quoi l’initiation au vodun est-il l’exercice le plus complexe?

 

Je ne sais pas si c’est l’exercice le plus complexe. L’initiation, c’est apprendre à se comporter, à valoriser ce que vous êtes et à vous permettre de l’exprimer. J’ai été frappé par l’équilibre des adeptes du vodun. Les intiations sont secrètes parce que sacrées. Mais aussi parce qu’elles ont été combattues et se protègent.

Pour une ville de 100 000 habitants, il y aurait plus de 500 voduns reconnus, une telle omniprésence est-elle perçue comme une défense dans le quotidien ou parfois comme une surveillance trop forte?

Il y en a bien plus que ça, entre autre tous les legba. Les voduns ne sont pas des entités malfaisantes comme on le présente toujours, même si certains sont parfois un peu nerveux. Ils font partie intégrantes de la société des vivants, il est donc normal de les rencontrer un peu partout, un peu comme des anges gardiens.

A-t-on jamais compté les anges gardiens ?

 

Togo Fe_©Desjeux les 40 divinit

 

 

La photographie permet de capter les rites et cérémonies exceptionnels. Selon vous, l’image permet-t-elle de mieux comprendre l’émotion?

 

 

Ça aussi c’est grand mystère ! Pour moi la photographie fait une large place à l’inconscient et permet d’exprimer des choses indiscibles. La photographie joue aussi en permanence
avec le hasard : “l’instant décisif”. La photographie, c’est tout un processus existentiel qui dépasse largement l’appareil photo et ne peut se réduire à un discours technique auquel, avec Catherine, on  ne connaît d’ailleurs pas grand chose. Si certaines photos sont rares et exceptionnelles, il faut aller chercher du côté de l’amitié, du sens de l’autre, de la joie de vivre  dans la découverte permanente. Un échange entre l’impression et l’expression. Sûrement pas dans les caractéristiques de tel ou tel matériel.

 

Je ne sais pas si l’image peut permettre de mieux comprendre l’émotion, cela dépend de quelle image, de quel texte. Une photographie c’est un peu comme en amour, tout dépend comment on s’y prend. Ce peut être la pire des choses comme la plus sublime et là, c’est beaucoup plus que de la compréhension.

 

 

– Le vaudou est présent au Togo, au Bénin, au Ghana mais aussi en Amérique du Sud. Est-il également bien représenté en France métropolitaine?

 

 

Soyons clair pour éviter les mélis-mélos : le vaudou désigne toutes sortes de pratiques animistes à travers le monde, que l’on retrouve dans le chamanisme. C’est donc très large et j’ignore si ce méli-mélo est bien représenté en France métropolitaine. Mais je me méfie beaucoup des faux sorciers (mot qui ne correspond à rien d’ailleurs, sauf dans Tintin).

Benin Re_O7©Desjeux porteur d'un te vodun , prosternation, - Le Vodun est un mot de langue fon qui dŽsigne certains anctres divinisŽs des BŽninois, des fons en particulier, chez les Nago-yoruba on les appelle Orisa.

Ce que nous avons abordé est le culte des voduns et des orishas chez les Fons et les Yoroubas du sud Bénin et un peu du Togo (Mina, Guin). Ce culte possède une cohérence interne, des rites, des calendriers, une mythologie. C’est ce que nous avons entrevu.

Le mot « vaudou » est la « francisation » du mot vodun. C’est un grand fourre-tout qui engendre bien des ambiguïtés.

Je sais, sans trop me tromper, que les religions sont très présentes partout. C’est pourquoi nous faisons souvent référence à d’autres religions, entre autre celle des chrétiens afin de souligner différences et ressemblances : l’évangile regorge de merveilleux, de miracles, de faits extraordinaires, de résurrection des morts, de vierge qui monte directement au ciel, de gens qui marchent sur l’eau, comme les zangbeto, de multiplication des petits pains… Quant à « concevoir sans péché » cela m’a toujours laissé perplexe, tout comme un dieu juste et bon qui a créé le monde à son image. Quand on voit le bazar qui règne…

 

« On appelle souvent barbare ce qui n’est pas de sa gouverne. »

 

Lève-toi et marche.

 

Togo Re_©Desjeux cŽrŽmonie de zangbeto

 

 

Photos de Catherine & de Bernard Desjeux

 

Pour en savoir plus : https://livre.fnac.com/a6667705/Catherine-Desjeux-Vodun-et-Orisha-la-voix-des-dieux

 

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