Susan Copich est une célèbre artiste-photographe. Mère de deux enfants, elle a crée une série « Domestic Bliss », ensemble de photos la représentant dans des situations d’humour noir et de vie exagérée. Interview avec une incroyable artiste. 

 

– Comment votre carrière d’artiste à débuter et est-ce que cela toujours été dans le domaine de la photographie?

 

J’ai débuté en tant que danseuse moderne et chorégraphe à New York et à San Francisco au début des années 90. Après une blessure grave au genou, j’ai commence à étudier la Spilt Milk-comédie et j’ai fait des castings. J’adore le concept de création de personnages. C’est formidable de développer une histoire antérieure au rôle et l’enrichir avec ses propres pensées et expériences.  C’est vraiment complet, inclusif et motivant. Pendant ma carrière d’actrice, j’ai commencé en même temps des cours de photographie à l’International Center of Photography à New York.

 

– La série de photos ‘Domectic bliss’ a une vision sobre et ironique de la famille. Comment l’idée est venue ?

“Domestic Bliss” est né avec une image Split Milk. Alors que je participais à un cours de photos sur le travail de Cindy Sherman, j’ai été très intéressée sur le fait qu’elle était elle-même actrice de son art. J’ai alors commencé à faire des auto-portraits puis mes propres histoires et intrigues.

Me mettre devant l’objectif n’est pas un acte gratuit. C’est le fruit d’années d’expérience : Apprendre et prendre le contrôle de mon corps, imaginer des intrigues afin d’exprimer différentes émotions et de les jouer.

Je suis familière à l’improvisation dans la danse et au théâtre et je continue à utiliser ces principes dans mon travail. Une simple prémisse d’improvisation est une construction délicate et les règles et opportunités sont infinies. Lorsque j’ai réalisé Split Milk, je me suis dit un ordre : Ne pas pleurer pendant le shooting. De là, j’ai crée un personnage comme je faisais lorsque j’étais actrice. J’ai toujours essayé de dire « oui et » (première règle de l’improvisation) puis il y a tout le temps de changer l’aspect plus tard.

 

Ce n’est qu’avec la seconde photo Old Habits un an plus tard que j’ai fait participé ma familleOld Habits- et commencé une série entière. Tout le processus est long à commencer. Notre famille reçoit un nombre incroyable de cartes de vœux avec le mot « happy ». C’est bien souvent déconcertant et difficile à comprendre que tout le monde soit aussi joyeux. J’ai alors voulu montrer l’intimité de ma famille plutôt que de la cacher. C’est ainsi que Domestic Bliss est né. J’ai commencé à repérer les contradictions dans la vie. J’ai révélé les côtés sombres de la famille, cherchant partout : les journaux, mes croyances, les conversations avec des amis, la vision de ma génération sur l’âge adulte, sur les questions politco-sociales. Bref, la réflexion est sans fin, riche et profonde. Je me suis autorisée à avoir des pensées sombres et ensuite j’ai contré celles-ci avec l’humour. C’est une vraie réflexion.

J’adore travailler avec la contradiction. Cela permet de la vie, de l’énergie et de la tension. Il n’y a pas mieux que d’avoir la pureté des enfants avec l’aspect sombre et tordu du monde adulte dans la même photo. C’est électrique. Un ami m’a envoyé une fois une citation de Gaston Bachelard : « Tout prend vie lorsque les contradictions s’accumulent ». Je ne peux qu’être d’accord.

 

-La figure de l’homme/père est sans visâge dans votre série. Pensez-vous que le patriarcat est le principal dominant dans nos sociétés ?

Bien sûr. Regardez comment les dernières élections américaines se sont déroulées, comment les gens se réfugient chez eux, regardez la différence entre le nombre d’artistes Monday Morning-hommes et le nombre d’artistes femmes dans les expositions et musées. Les hommes sans tête dans ma série c’est intentionnel et non expliqué.

Le personnage féminin est en fait l’héroïne de mes photos. Elle est tout à la fois : la victime, l’agresseur, le martyr, la catin. Elle est faillible, féroce, complexe avec de multiples aspects.

 

-C’est un vrai plaisir de travailler avec vos filles?

Mommy Time-

Une vraie joie de travailler avec elles et de créer des histoires. Ce sont de formidables petites actrices. Elles ne participent plus à mes photos et par conséquent la série est suspendue. Elles ont maintenant 14 et 10 ans et veulent être libres de faire ce qu’elles veulent sans l’aide de leur mère. Je suis ravie qu’elles aient pu participer à ce projet et on peut les voir grandir tout au long du processus. C’est incroyable.

 

– Vous voyez votre personnalité se refléter dans votre travail?

Complètement. Cela transpire dans mon travail. Durant ma toute première interview, c’était avec Slate, j’ai dit :

« Chaque image que je crée est une vraie réflexion de moi-même. Pas seulement dans le contenu mais tout le processus. Je crois que ma plus grande fierté est lorsque le public voit Mommy's Little Helpers-mon travail, il y a une réaction et un voyage qui se superposent et si vous prenez le temps vous pourrez voir toute l’émotion et le conflit. La première réaction est le rire, le choc ou l’esprit commerçant. C’est tout moi. »

Avec tout le processus artistique, j’ai appris que mon psychisme sera toujours présent dans mon travail. Je crois que c’est là où la magie arrive.

 

-Qui sont vos photographes préférés? Votre travail a également un aspect cinématographique. Des films préférés?

Mes artistes préférés sont Cindy Sherman, Annie Leibowitz, Gregory CrewdsoAnger Management-n, Sally Mann, Jackson Pollack, Edward St Aubyn, Sylvia Path, Mike Leigh, David Lynch, Vim Vandekeybus, Pina Bausch et Trisha Brown. Ce sont des peintres, des photographes, des poètes, des écrivains, des chorégraphes et des metteurs en scène. Tous ont révélé une part d’eux-mêmes dans leur travail volontairement ou involontairement.

Je suis passionnée par le cinéma depuis l’âge de 10 ans. Mes films préférés sont toutes les œuvres de Mike Leigh, la plupart, “Life is Sweet”, “Blue Velvet” de David Lynch;  “Kiss of the Spider Woman”, Presque tout de Woody Allen pour différentes raisons, le talent incroyable de Quentin Tarantino, surtout dans “Django” – c’est du pur génie. Je n’en cite que quelques-uns.

 

Quels défis et opportunités vous avez eu à prendre des photos en Inde et comment avez-vous abordé cette série ?

 

J’adore prendre des photos en Inde. Les gens sont chaleureux et accueillants,Ganga Bathers-
l’air se mêle à l’énergie. Le mouvement et les contradictions sont partout. La difficulté et le plaisir de prendre des photos dans les rues permettent d’avoir une énergie libérée. Il faut savoir trouver l’image pour rendre sens au chaos tout en étant ouvert à l’inattendu. C’est super d’éveiller ainsi ses sens.

 

-Comment est la vie dans un pays où Donald Trump est président ?

Eh bien, je ne suis qu’une artiste et non une observatrice politique. Mais ce que je peux dire c’est que je suis ravie de voir la passion que l’on trouve dans l’opposition. Les gens reviennent dans la rue, s’organisent pour se faire entendre. Quel plaisir de voir la voix de l’Amérique se rassembler et de tenter de changer la situation de nos quotidiens. Juste pour rappel Hillary Clinton a gagné par le vote populaire de 3 000 000 de voix. Ce n’est pas rien ! Le collège électoral est un système cassé et nous devrions repenser notre système d’élections. J’en terminerai là avant que je ne puisse plus m’arrêter.

Happy Days-

Susan Copich is a well-known fine art photographer. Mother-of-two, she creates the series “Domestic Bliss,” staged photos feat