Originaire de Sicile mais Romaine de cœur, Fiamma Luzzati vit à présent à Paris où elle dessine pour le journal Le Monde. Ses dessins chargés d’humour ont un vrai style tout en racontant des histoires qui nous interrogent sur notre santé, nos facultés et qui en même temps nous cultivent. Son dernier livre « le cerveau peut-il faire deux choses à la fois ? et autres petites questions de grande importance » en est la parfaite illustration. Le Paratonnerre se devait de rencontrer Fiamma Luzzati.

Après avoir essayé le volley-ball, la finance, le catering, le graphisme, l’édition, vous avez finalement adopté la bande dessinée. Comment arrive-t-on à un tel choix ?

Fin 2011, j’ai commencé à écrire un scénario sur Silvio Berlusconi. A son arrivée au pouvoir, j’ai perçu ce moment comme une période noire pour l’Italie.

Il s’agissait d’une histoire fantaisiste en bande dessinée. Je voulais paraître mon histoire sous forme d’épisodes dans un journal alors j’ai fait lire mon scénario à un ami journaliste au Monde. Il a aimé surtout mon dessin et m’a conseillé de raconter autre chose.

Ce fut une surprise pour moi car je n’avais jamais dessiné avant. Je me suis mise à réfléchir sur l’histoire d’une Italienne vivant à Paris. Le journal Libération m’a dit oui et j’ai eu tout de suite beaucoup de lecteurs. En Italie, cela n’aurait pas été possible car la bande dessinée n’est pas perçue comme un véritable art. En France, par contre, c’est apprécié. Je n’aurais pas pu faire mon métier dans mon pays.

Parfois dans la vie, il y a des moments qui arrivent par hasard. J’ai dû devenir sérieuse et j’ai dessiné avec un rythme soutenu. Il faut du temps pour apprendre.

tagliatelles-de-fiamma-luzzati-pour-la-kitchenette-de-miss-tam-2013En Mars 2012, j’ai commencé et aujourd’hui je réalise des dessins « plus solides ». Je continue à voir les défauts mais je travaille toujours pour m’améliorer.

Puis, j’ai eu l’idée d’interviewer des personnalités (scientifiques, chefs cuisiniers,…) tout en illustrant les rencontres par mes dessins. Je n’étais pas spécialiste donc je voulais rencontrer des scientifiques afin d’en savoir plus. Le Monde a accepté de me faire confiance. J’essaye juste de la science soit mieux comprise par tous.

Qui est votre personnage ? Cette couleur et ce volume de cheveux sont-ils un symbole ? N’est-ce pas une allégorie de la curiosité ?

C’est en bonne partie moi. Ces cheveux sont volontairement très expressifs, le nez est pointu. C’est en fait une anti-héroïne féminine pas sexy, un Woody Allen au féminin. Elle est complexée, émotionnelle, peu sûr d’elle et pourtant curieuse.

Nous vivons dans une société où le visuel est devenu omniprésent, qu’est-ce que le dessin exprime plus que l’écrit ?

Concernant mon scénario, j’ai dû réfléchir. Je travaillais auparavant dans l’édition et la pub. Il y avait toujours un aspect commun : j’écrivais des scénarios qui étaient plus visuels qu’enrichis de prose. Le dessin me comblait car il raconte ce que le texte ne dit pas mais en même temps le texte reste présent.

Le dessin complète. Le style de Balzac était d’avoir des descriptions infinies et je ne pourrai jamais faire ce qu’il arrivait à faire. Par la prose, je n’arrive pas à tout décrire, le dessin m’aide à mieux m’exprimer.

Y’a-t-il un vrai moment d’adaptation lorsqu’on est Italienne vivant en France ?

Paris est une ville particulière. Je ne me sens pas vraiment chez moi. C’est un endroit où on se parle peu, il y a peu d’interactions dans l’espace public. Il est difficile de faire la rencontre d’inconnus. Paris semble compliqué, réglementé,
rigide alors qu’en Italie tout est adaptable. On peut négocier pour le meilleur et pour le pire. Même si avec les Italiens, on s’entend mais no quaglia. On n’arrive pas à prendre de vraies décisions (rires)14686388_904252409708096_1020129787_n

Avec votre crayon, vous racontez mais vous dénoncez également. A-t-on conscience des risques ?

Absolument, je ne suis pas dans la satire politique donc je ne suis pas dans des situations difficiles mais si on rentre dans ce contexte, s’exprimer devient compliqué. Après le tremblement de terre fin août dans la province de Rieti, Charlie Hebdo a dessiné des lasagnes humaines. Je ne juge pas le dessin mais cela n’était pas adressé aux Italiens. Lorsqu’il y a un message, on sait qu’on ne peut plaire à tout le monde. Internet diffuse et comporte ce risque de montrer des dessins à des personnes qui ne devaient pas les voir.

Quel regard avez-vous sur le futur de l’Italie ?

La question nécessite quelques années pour un développement conséquent. Je pense que l’Italie va suivre le destin très incertain de l’Europe. Par rapport à la France, c’est un pays qui depuis des années investit peu dans la recherche et se retrouve à dépendre d’un tourisme de masse. Son atout est un réseau encore relativement vivant de petites entreprises et de manufactures, mais sincèrement, je ne me lancerais pas dans une analyse socio-économique pour laquelle je ne suis pas calée. L’opinion de mes amis (de gauche) sur Mateo Renzi : Insupportable mais au moins pas immobile.

Le cerveau peut-il faire 2 choses à la fois ?

 

Non. Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France le démontre et moi, je l’explique dans mon nouveau bouquin.

Site de Fiamma Luzzati: https://fiammaluzzati.com/

Son blog pour le journal Le Monde: http://lavventura.blog.lemonde.fr/

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